ÉCODANSE
Éco vient du Grec oikos qui signifie « maison » « habitat » « cellule familiale »
Ecodanse est donc une danse qui invite à revenir à la maison, à se sentir chez soi, dans son corps et sur Terre.
Quelles sont les principes fondamentaux de la Danse-Mouvement Thérapie ?
Le corps et l’esprit sont entremêlés et indissociables
Donc ce qui se passe dans le corps impacte ce qui se passe dans l’esprit et vice et versa.
La pensée Cartésienne a divorcé notre esprit de notre corps. Et de cette séparation s’ensuit une hiérarchie. L’esprit, le mental se situant au-dessus du corps et des émotions qu’il faut dominer, contrôler, maîtriser. La DMT accompagne le processus d’encorporation, c’est-à-dire la réconciliation du corps et de l’esprit. Pour enfin sortir de l’illusion de cette séparation qui n’est pas qu’une expérience individuelle mais aussi collective et systémique.
Le langage non-verbal est aussi important que le langage verbal.
Parfois les mots ne suffisent pas, alors on ouvre un espace d’expression à travers le corps, le rythme, les sons, le souffle, le mouvement… Où les émotions et l’énergie peuvent circuler librement, s’extérioriser et se transformer.
Dans un système où le langage verbal domine, La DMT rend la thérapie accessible au-delà des mots, où d’autres modes de communication et d’expression peuvent être explorés.
La DMT s’inscrit dans l’instant présent.
La DMT invite à un mouvement de reconnexion à soi dans le présent.
Pour éviter de rester coincé dans sa tête et venir doucement s’installer dans son corps, habiter pleinement tout son corps.
Dans une société qui invite à se dissocier, revenir dans son corps peut être compliqué voire douloureux. C’est un réflexe de survie de se détacher, de sortir de son corps lorsque la douleur est trop forte, lorsque rester dans le présent est trop insupportable. Et c’est tout à fait ok. Mais notre système, qui a diabolisé nos corps et nos émotions, nous pousse encore plus à nous anesthésier, à intellectualiser et à dénigrer nos corps.
C’est dans ce contexte que la DMT accompagne le processus d’encorporation, soit le chemin pour retourner dans son corps. En respectant son propre rythme et son consentement, on peut délicatement réintégrer son corps, ressentir ses émotions et ses sensations. Et, pas à pas, prendre doucement racine dans son corps et sur Terre.
La DMT accompagne ce qui émerge dans l’instant présent. Cela peut-être des souvenirs du passé qui continuent à hanter le présent, des possibles futures etc. En tout cas, c’est ce qui est là dans l’instant et c’est à partir de ce point de départ que la danse se déploie.
La DMT est une pratique qui considère la personne dans son entièreté et dans son intégrité
La DMT est une thérapie centrée autour du corps, il est donc essentiel de prendre en compte le corps dans sa complexité et ses interconnections avec d’autres corps.
Corps Organique
Notre corps est une archive vivante qui enregistre nos expériences de vie et garde nos mémoires conscientes et inconscientes.
Dans la mise en mouvement, les mémoires émergent et dansent.
Avec la DMT, nous dansons avec ces mémoires, notre corps deviens une terre d’accueil, un refuge pour nos parts bannies, rejetées, enfouies et oubliées.
Nous explorons notre rapport au corps : comment faire corps ?
Nos corps sont magiques. Ce sont des espaces de rencontre, de croisement et de voyage.
On nous fait croire à une identité fixe et individuelle mais notre corps organique est déjà un espace de rencontre et de partage ; un melting-pot de cellules, organes et bactéries qui dansent ensemble. Un corps qui est plus non-humain qu’il n’est humain.
À l’image de la Terre, la planète bleue, nous sommes aquatiques, plus fluide que solide. Les spirales de notre squelette sont à l’image des courbes sinueuses des branches des arbres. Mettre son corps en mouvement nous permet de nous reconnecter à cette réalité organique du corps, à la ressentir et la réintégrer doucement.
Le corps organique n’est pas essentialiste. Il ne s’agit pas de définir une nature fixe, binaire et genrée des corps. L’intention est de ramener le corps dans sa réalité organique soit vivante, plus qu’humaine et en lien avec la Terre.
Corps Interconnectés
Notre corps en mouvement est aussi en connexion constante avec d’autres corps. En dansant nos relations, nous interrogeons comment nos corps se connectent. Comment nous sommes mutuellement influencés et impactés par nos relations.
Nos Corps sont une porte ouverte vers l’extérieur, constamment en lien avec notre environnement notre corps s’étend et danse, s’entremêle avec d’autres corps, humains et non-humains. Le mouvement d’encorporation, d’enracinement dans son corps se déploie et nos racines s’entrecroisent avec d’autres.
Dans la mise en mouvement, nous explorons comment on danse avec notre écosystème : les personnes, animaux, végétaux qui nous entourent. Ainsi que la terre sur laquelle nos pieds dansent avec sa propre histoire, culture, rythme et paysage.
Nous dansons nos systèmes relationnels. Le mouvement se déploie au-delà de la famille nucléaire. Notre arbre généalogique ne s’arrête pas au transgénérationnel biologique et humain, ses racines s’entremêlent au mycélium et nous connecte à nos ancêtres queers, végétaux et aquatiques.
Notre mouvement fait bouger l’écosystème et inversement un mouvement dans l’écosystème nous fait danser : l’impact est mutuel. C’est une danse relationnelle qui nous rappelle notre interdépendance.
Corps Politique
Nos corps ne sont pas neutres, ils s’inscrivent dans un corps social. Il est donc essentiel de prendre en compte le système socio-politique et les oppressions systémiques qui marquent nos corps. Cette approche féministe du corps et de la thérapie permet de considérer l’impact des oppressions sur la santé physique et mentale et de rappeler que la responsabilité n’est pas individuelle mais collective.
Nous explorons donc la politique des corps : les questions de genre et sexualité, race, classe, validisme, santé, âge, religion, neurodiversité… Les discriminations en fonction d’où l’on se situe dans le paysage social. À travers cette danse des corps politiques nous pouvons remettre en question le corps normé et déconditionner les performances (de genre, classe, race…) qui nous sont imposées.
Avec cette approche de la DMT, nous dansons avec le système et la non-neutralité des corps : Comment nos expériences sont conditionnées par le système et les histoires qui enveloppent nos corps ? Comment nos corps peuvent aussi être des espaces de résistance, d’empouvoirement et de déconditionnement ?
Nos corps organique, interconnecté et politique sont comme les trois branches d’une tresse. Ces trois aspects de notre expérience vécue sont interconnectés, horizontaux et indissociables. Il s’agit de nos Corporéalités, nos réalités multiples, vécues et encorporées.
Ressources
Cette conception féministe du corps s’appuie sur l’approche intégrative de la DMT de Beatrice Allegranti qui a développé trois aspects de notre expérience encorporée qui sont le corps autobiographique, le corps relationnel et le corps politique.
Cette approche intégrative s’appuie aussi sur le Féminisme intersectionnel théorisé par la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw qui révèle l’intersection des oppressions de race, de genre et de classe sociale et qui critique et questionne un féminisme blanc et bourgeois.
Nourrie aussi par l’Écoféminisme : un mouvement qui entremêle les luttes féministes et écologiques, l’oppression subie des corps sexisés et du corps de la Terre et de ses habitant.e.s.
Et aussi par l’Écospiritualité soit une approche écologique de la spiritualité qui la ramène sur Terre et dans les corps, pour une spiritualité encorporée. Inspiré, entre autres, par Starhawk.
Comment est né la DMT ?
La DMT s’est développée en parallèle des Arts Thérapies qui ont émergés au 19ème et 20ème siècle. Après la seconde guerre mondiale, un dialogue naît entre la danse moderne et la psychologie. L’influence est mutuelle, le rapport au corps et au soin évolue et questionne le lien entre le corps et l’esprit. Les premières séances où l’on explore l’entremêlement des arts, de la danse et de la psychothérapie voient le jour aux États-Unis et en Europe.
L’histoire de la danse comme forme de thérapie n’est pas uniquement occidentale et ses racines sont bien plus anciennes et, à l’image du rhizome, s’étendent partout sur Terre. Le fait de se réunir, de danser ensemble, de se soigner à travers le rythme, la voix, le mouvement et des rituels existe depuis la nuit des temps et à travers le monde. Chaque culture à une approche spécifique avec ses rituels et sa cosmologie propres qu’il est important de respecter.
En Europe il y a des racines, souvent oubliées, de danses extatiques, de danses collectives qui soignent et transforment. Comme, par exemple, les danses Dionysiaques, la Tarentelle en Italie et les Carnavals, Processions et Fêtes de Villages avec leur propre culture, histoire et mouvements qui varient en fonction de chaque région.
Chaque danse est profondément entremêlée à une terre, à un folklore (folk : le peuple et lore : la sagesse, donc : la sagesse du peuple) et raconte une histoire avec son propre vocabulaire de mouvements, de rythmes et de chants. Cela fait aussi partie intégrante de l’histoire de la danse thérapie.
La DMT est en mouvement constant. Les avancées scientifiques et expérientielles permettent d’enrichir les théories et la pratique de la DMT. Celle-ci continue à se développer pour continuer à être pertinente dans le contexte actuel; à s’adapter aux besoins individuels et collectifs et à challenger un système qui dénigre les corps.
La DMT s’adresse à toutes personnes et rend la thérapie accessible au-delà du langage verbal et mental. Comme tout se passe dans le corps : les traumatismes et même la fin de vie, la mort et le deuil, la DMT peut accompagner tout évènement de vie.
Pour en savoir plus : l’Association Française de Danse-Mouvement Thérapie, l’Association Européenne de DMT, l’Association Anglaise de DMT, l’Association Étasunienne de DMT.
Écospirituel : La spiritualité peut recréer cette même séparation du corps et de l’esprit sous d’autres formes. L’intention est donc d’amener la spiritualité dans le corps et dans la matière, de les réconcilier. Pour une spiritualité encorporée, qui prend en compte les corps et le système politique dans lequel ils s’inscrivent.
Je respecte les courants spirituels et les cultures de chacun.e, et intègre les questions spirituelles dans la thérapie.
Dans ce contexte, la DMT peut être vécue comme un espace d’exploration, d’ouverture, de relation. Pour danser avec la Terre, les saisons, les cycles, la mort et les ancêtres humains et non-humains.
Il y a aussi la possibilité de co-créer des rituels sur-mesure en fonction des besoins de chacun.e. Des rituels qui marquent nos changements de peau, de vie, de saison.
Rêves et symboles : Le langage des rêves et des symboles, c’est ma troisième langue (avec l’anglais et le français). Je suis passionnée par ces portes de l’imagination, qui permettent de changer l’histoire, la réécrire, créer d’autres possibles et se rêver en dehors des normes.
Le domaine des rêves et de l’imagination a aussi été dénigré par la rationalité cartésienne. Il y a une forte coupure entre le réel et l’imaginaire mettant ce qui est considéré comme réel au premier plan et relayant à l’arrière-plan l’inconscient et les rêves.
Pourtant les rêves, dans de nombreuses cultures et à travers le temps, ont une place centrale dans la communauté, les prises de décision et les pratiques de soin.
Dans ma pratique de la DMT, qui fait partie des thérapies artistiques et créatives, les rêves et l’imagination sont les bienvenus dans le processus thérapeutique. L’intention est de co-créer un lien avec ses rêves, de dialoguer avec l’inconscient, de déployer son imagination et d’encorporer ses rêves.
Storytelling : Même si la DMT part du corps en mouvement, les histoires qui conditionnent nos corps et nos relations sont aussi importantes. Qui raconte l’histoire ? Quelles narrations dominent ? Les voix de l’oppression sont écrasantes. Comment faire entendre d’autres voix ? Celles qui coulent sous terre comme une source souterraine. Et pas seulement avec des mots mais avec nos corps en mouvement, déterrer les histoires enfouies et les réécrire.
À travers la DMT, nous pouvons aussi explorer le folklore et les contes d’un point de vue queer, écologique et déconditionné. Pour se reconnecter à la transmission orale, revisiter et incarner ces histoires.
Costumes : Ayant une formation de costumière, il est possible de co-créer des costumes et des masques fabriqués à partir de matériaux recyclés (dans une démarche écologique et économique). Pour faire naître des êtres hybrides, mi-humain, animal et végétal, transe-espèce. Pour, comme dans les carnavals, inverser les rôles, se jouer des performances sociales et transgresser les normes (de genre, de classe…) Pour encorporer différentes parts de soi, s’amuser, se surprendre, se découvrir et se rencontrer.